Par Le Loup - 02-08-2011 14:45:34 - 29 commentaires
Le TOE
3 petits mots pour 3 grandes lettres...
Je voudrais écrire quelque chose qui ne soit ni un compte-rendu, ni un hommage, ni une litanie de superlatifs… Je voudrais écrire sur un sentiment, une sensation, comme la caresse d’une brise sur la joue, un truc léger… Ce ne sera pas facile. En plus je ne sais pas où ranger ça… alors ce sera là, sur mon blog de kikoureur.
Je ne m’étais pas spécialement intéressé à cette course lorsque j’en ai eu vent, justement ! Une course de plus me suis-je dit, encore un défi du genre "plus loin, plus haut, plus fort"... Et pour moi ça sonnait plutôt comme : "trop loin, trop haut, trop fort". Oui assurément à ce moment-là je n’ai pas été spécialement séduit par le format ou le buzz.
Le nombre important de copains inscrits a fini par éveiller ma curiosité et j’ai découvert la possibilité qui était offerte d’assister l’un d’entre eux dans son effort : une magnifique sortie en montagne d’une cinquantaine de km, des ravitos copieux, des bénévoles aux petits soins, un copain déjà crâmé par 130 km d’efforts sur lequel il sera aisé de régler son pas, un temps magnifique annoncé pour la fin de course… Le tout pour la modique somme de 20 euros, comment dire non ??? Et j’aurais même pu n’en avoir que pour 10 euros si je m’étais réveillé plus tôt !!!
Bref, l’idée d’une petite semaine de congés a commencé de se dessiner malgré les quelques traits de pluie annoncés…
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Assister au départ de la meute ne me fait pas particulièrement vibrer ; au mieux je ne commencerai à me sentir concerné que dans quelques heures, lorsque mon coureur arrivera à la Chapelle.
Tiens parlons-en de la Chapelle… La navette que je pensais prendre sera drôlement en avance ; je ne vais quand même pas attendre mon coureur une nuit et une matinée… Quoi ? Les pacers n’auront pas accès à la base-vie pour attendre ? Oh, ça se complique… Bon, ce sera voiture perso et on verra comment aller la chercher après la course.
Quelle course ? J’apprends brutalement que Tom est KO, redescendu sur Vallouise pour rendre son dossard… Fin des haricots ; tous les problèmes de logistique sont résolus d’un coup. La pluie me semble plus froide soudain…
J’ai de la peine pour Tom. Je sais qu’il doit être encore plus déçu que moi, voire doit se sentir coupable… Pas question de l’accabler, je connais trop bien ce sentiment. Je vais continuer à penser en pacer, en pote loyal. Je l’appelle, je lui parle, je viens le chercher… J’ai deux places de plus si d’autres malheureux… Un certain Killy déclarait : "lorsqu’on veut accomplir des choses exceptionnelles cela passe forcément par le risque"… et aussi "pour gagner il faut risquer de perdre".
Mes pensées sont un peu confuses. Je m’étais préparé à cette éventualité d’un abandon mais je pensais alors que je serais aux côtés de Tom dans la montagne, que je pourrais l’aider, le conseiller, le motiver… Bon, c’est comme ça, des fois on est impuissant…
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Le temps passe vite et les coureurs arrivent déjà en à peine plus d’une trentaine d’heures. J’applaudis les premiers et je me surprends à penser négativement que je n’aurai peut-être pas d’autres images, pas d’autres souvenirs de cette course, de ces quelques jours passés à la montagne. Je n’arrive même pas à me décider pour un petit footing ; je me suis glissé en mode hibernation en plein mois de juillet !!! Le sentiment d’impuissance persiste.
Mathias est reparti accompagner un Rapace sur la Muzelle. Je suis un peu jaloux… J’aurais dû faire pareil, mais comment faire sans connaître le coin et Marion qui ne peut pas conduire ni même se déplacer facilement… et toutes les mauvaises raisons que je me tends pour ne rien faire. Dans les faits je suis partagé entre envie et pas envie, je tourne comme un fauve, je dors mal, je n’arrive pas à trouver la paix et je me sens vraiment inutile. Aurais-je voulu aider l’organisation que le moral n’y était pas…
J’en suis là de mes tribulations lorsque j’apprends vendredi matin, entre le café et le croissant, une nouvelle encore plus surprenante : un pacer est KO à son tour dans la montagne ! Sa compagne est un peu embêtée avec les 3 enfants autour d’elle… Karine et Olivier me tendent malgré eux une occasion inespérée ! D’une pierre deux coups, non trois !!! Je monte chercher Olivier mais avec une seule idée en tête : reprendre mon dossard pacer et rejoindre Benos !
Le soleil monte à son apogée. Il est midi lorsque je confie la voiture à Olivier en plein Désert ; sa mission la ramener aux 2 Alpes tandis que je m’élance à l’assaut de Côte Belle.
Je suis rapidement (trop rapidement ?) dans les 160-165 pulsations minutes. Qu’importe ! Je suis tout entier à mon plaisir : merci la vie, merci la montagne, merci à Patoche, à Arnaud (l’organisateur)… Un papillon m’effleure, je le suis du regard. Là-haut quelques coureurs dans leur effort titanesque… Un peu plus haut un petit troupeau de chèvres. Je me sens bien !!!
Ma vitesse de progression verticale avoisine les 1000 mètres par heure mais je veille bien à rester quelques minutes avec chaque coureur repris : il est absolument hors de question du moindre manque de respect, de tact… Quelques minutes avec chacun, des petits mots d’encouragement, une explication sur ma présence, ma fraîcheur. Quelques sourires… QUE des sourires ! Pas un d’entre-eux pour regretter d’être là… Moi je commence à sentir l’émotion qui habite le truc. Une sorte de vibration sourde qui vient de l’intérieur et agite toutes les cordes de l’instrument… ça commence à venir !
Je passe le col en approximativement 1h15’… mais le chrono n’a pas grande valeur. Près du sommet un groupe de randonneurs m’ovationne lorsque je commence la descente en courant… Quelques instants de gloire volés ? Qu’importe ! J’en ris encore !!! Je suis aux anges…
La descente est forcément très rapide ; il faut vous imaginer… jambes neuves ! J’alterne entre séquences très techniques, arrêts photos et quelques brefs échanges. Chaque coureur a sa perception, sa teinte… Tous n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes envies. J’échange quelques mots avec Chti38 puis je reprends mon échappée belle.
Au détour d’un virage je surprends Alice et mon ami Land. Il faut voir la tête d’Olivier !!! Au milieu de nulle part le loup qui surgit comme un diable ! Son genou fait mal et je prête mon couteau pour achever l’animal : ce récalcitrant petit morceau de bande élasto qu’il faut trancher avec mieux que ses dents ! Il tiendra bon jusqu’à Valsenestre pour un vrai strap et une ration de pâtes qui lui donneront la patate !!! Bravo Olivier. Et merci les bénévoles bien entendu…
Entretemps Benoît est retrouvé un peu avant la base… Juste au-dessus de la piste qui est empruntée 2 fois par les coureurs, dans un sens puis dans l’autre, vers la Muzelle.
Un point rapide sur la situation et me voici à nouveau pacer pour finir le travail d’Olycos. Inutile de dire que Benos aurait terminé sans mal… Cependant j’aime à penser que ma présence a pu parfois le réconforter. Drôle d’alliance, un loup et un molosse !!! Les brebis du quartier n’étaient pas fières…
Nous croisons pas mal de monde : Elcap et sa femme, Ogo, Sanggi, Lolo’… j'en oublie. Et même un certain individu que je ne nommerai pas mais qui se rend utile aux côtés des bénévoles avec une étonnante discrétion. Dommage que cet instant "inouï" ne se soit pas prolongé jusqu’à un certain restaurant des 2 Alpes… Mais n’est-ce pas à leur rareté qu’on reconnaît les miracles ?
Benoît est agréable : il parle peu, se plaint encore moins et je ne répèterai pas toutes les blagues qu’on a faites sur Oly mais en toute amitié et entre bretons finalement… La balade ensemble durera presque 10h mais à aucun moment je ne m’ennuie. Le paysage est somptueux et mon bestial molosse ne tire pas trop sur sa laisse !
La descente flingue les coussinets de mon comparse mais les montées sont régulières et à bon train, surtout quand on sait ce qui a précédé, les 160 km… Bravo Benoît.
Le col de la Muzelle est passé sur des bases horaires qui laissent longtemps espérer une arrivée avant la fin de la journée mais c’était sans compter sur la très lonnnngue descente vers Bourg d’Arud.
La montée de Venosc à la frontale restera un moment assez fort… Encore une fois Benoît va m’impressionner par sa force de volonté. Je suis calé un peu en avant et j’essaye d’adopter un rythme qui laisse de l’air au molosse tout en lui proposant un appui visuel. Il ne calera pas malgré des marches énormes dans cette dernière ascension…
A la fin je m’efface pour laisser ce qui reste de Benoît profiter pleinement de son arrivée. L’odeur trompe même son plus fidèle ami comme me le fera remarquer Marioune un peu plus tard ! La pauvre bête ne reconnaît pas son maître… Dur !!!
Quant à moi je suis tout retourné dans ma tête, j’en regrette presque de n’avoir pas tenté l’aventure… Olivier m’en rajoute une couche en me confiant qu’il m’aurait bien vu sur un truc comme ça, que j’aurai pu…, que ceci…, que cela...
Oui… mais non ! On n’improvise pas si on veut vraiment profiter du truc et puis j’aimerais d’abord me frotter à une épreuve d’une centaine de km ; question de logique, de préparation et d’ambitions mieux cernées.
Je redis ici ce que j’ai répondu à ce moment-là : ceux qui ont osé sont les héros du jour, les autres sont juste des témoins. Et comme témoin je tire mon chapeau à tous ceux qui ont osé ; qu’ils y soient arrivés ou pas. Chacun fera son introspection et en tirera les leçons.
Une pensée spéciale pour toutes celles et tous ceux qui sont allés au bout d’eux-mêmes dans les pires moments d’abattement : ils sauront désormais qu’après la pluie il y a toujours du soleil !!!
Ceux qui ont poussé cette petite porte perçoivent mieux ce que signifie : "plus loin, plus haut, plus fort"… Je pense à Françoise, je pense à Jacques.
Bravo à tous
Merci pour ces moments partagés.
Le Loup.