La traversée du miroir
Le Loup

Aucune participation prévue dans les 8 semaines à venir.

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La traversée du miroir

Par Le Loup - 12-02-2011 21:19:47 - 3 commentaires

Les vrais débuts en course à pied ne sont pas la première participation à une course… Les éducateurs sportifs le savent bien : souvent tout démarre dans un gymnase ou une cour de récréation.

Au milieu de la cour de mon école étaient tracées 2 lignes, un vrai couloir de piste d’athlétisme, unique, traversant un pré de macadam. Je ne me souviens pas d’autres tracés au sol dans cette cour, il y en avait peut-être mais rien d'autre dans mon souvenir que ces 2 lignes blanches bien parallèles.

Chaque pause voyait des champions en herbe se mesurer dans des runs échevelés qui se concluaient par une touche sur le mur du préau couvert qui fermait la cour dans toute sa largeur.

Les récréations étaient assez courtes et afin de ne pas perdre un instant le "service d’ordre" composé des candidats désirant se mesurer écartait virilement les "chiffes-molles" qui jouaient négligemment sur les lignes, sacrilège suprême, ou aux abords immédiats de ce stade imaginaire. 

Les filles, plus avancées que les garçons, ne traînaient jamais à cet endroit et s’occupaient entre-elles dans d’autres secteurs de la cour ou, pour les plus hardies, encourageaient à distance raisonnable et spéculaient pour élire leur champion.

Je n’avais pas bonne presse dans cette cour mais j’étais observé. J’étais grand, rapide, j’avais déjà au moins un cross à mon actif (même si quelques années étaient passées) et une réputation de bagarreur aussi… Arrivé en cours d’année le petit loup devait se faire une place alors que la rentrée avait déjà formé des clans.

Courir était une bonne alternative à la tarte aux doigts pour s’exprimer. On réglait des rivalités au sprint et sans le savoir nous travaillions notre souffle pour la vie à venir. Cependant, à notre âge, cette notion de vma était totalement abstraite car seule comptait l’ivresse de la victoire…

J’avais du mal à me mettre en action rapidement à cause de ma taille et beaucoup ont cru avoir course gagnée avant de me voir les enrhumer dans les derniers 25m. Parfois je n’y arrivais pas, la succession de courses ayant eu raison de ma résistance, et je devais céder la place à mon tour. J’aimais ces récréations sportives.

Assez vite, et de façon prévisible, ce jeu où je gagnais trop souvent a lassé mes camarades. J’étais assez solitaire malgré mes petits succès d’estime et, à défaut de réussir à m’inclure dans leurs bandes, ils ne tardèrent pas à m’écarter du jeu. 

J’en fus assez malheureux alors j’inventai rapidement un subterfuge : je ferai le caméraman ou le commentateur sportif. Et je le fis… C’est-à-dire que je courus à hauteur, et parfois même un peu devant pour narguer, en mimant un caméraman au coeur de l’action. Un jeu d’enfant quoi… Je ne gagnais plus de courses mais je continuais de me mesurer aux autres. 

A l’instar des terrains qui n’ont pas été conçus pour la pratique d’un sport comme le rugby et où les bords de touches sont trop étroits en cas de plaquage près des lignes ; ce couloir d’athlé tracé au milieu de la cour se terminait bêtement par un mur, comme je l’ai dit plus haut. Nous avions l’habitude de nous y plaquer violemment en fin de sprint pour nous arrêter. 

J’aurai sûrement dû préciser que le mur séparant le préau de la cour était composé de grandes baies vitrées séparées par des pans de mur en fait… En architecture on parle de trumeaux pour désigner ces parties pleines entre 2 baies.

Décalé de la piste comme je l’étais et occupé à “filmer” à grande vitesse je me suis un jour tourné trop tardivement et j’ai eu le désagrément de me fracasser dans le grillage protégeant la baie vitrée.

Le verre simple peu épais, trop près du grillage lui-même un peu souple (j'étais plus lourd qu'un simple ballon), a littéralement explosé ! 

Ce jour-là j’ai eu une chance incroyable, mes blessures n’ont été que bénignes ; coupures peu profondes et contusions… Le danger était de l’autre côté, dans le préau, car la baie vitrée descendit de toute sa hauteur dans un bruit ahurissant ; heureusement personne d’autre ne fut touché. J’étais ma seule victime, enfin presque… 

Les quelques gouttes de sang furent nettoyées, le préau fermé est devenu un préau ouvert, les lignes au sol furent effacées, le jeu du sprint formellement interdit… et moi je fus viré comme d’habitude, mais seulement à la fin de l’année. 

La punition parentale arriva sous la forme d’une promesse maintes fois répétée et jamais tenue jusque-là.

C’est ainsi qu’au mois de septembre suivant je pris le chemin d’un pensionnat de garçons où le châtiment corporel était encore en vigueur...

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3 commentaires

Commentaire de RogerRunner13 posté le 15-02-2011 à 14:58:19

J'admire ton talent pour écrire et nous faire partager ces souvenirs de ton enfance et c'est que bons ou mauvais souvenirs ce sont ces moments qui ont fait ce que nous sommes maintenant......

Commentaire de francois 91410 posté le 21-02-2011 à 13:41:16

Je me souviens aussi de ce genre de lignes peintes au sol ... mais moi à l'époque, courir m'était étranger et je n'aurais jamais songé à m'y engager pour y piquer un sprint. Comme quoi il n'y a que les c*** qui ne changent pas d'avis!

Commentaire de Mustang posté le 21-02-2011 à 21:38:58

Belle image que cette ligne, ligne blanche, la ligne bleue, la ligne rouge...........

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